Palais Guimet

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Le Palais Guimet possède une richesse particulière, la sensation d’une vie passée qui s’est accomplie dans des lieux qu’elle a chargés à sa manière. Lui offrir une vie nouvelle, c’est ouvrir l’avenir sur le passé. Le passage du « figé » au « vivant » doit lui conserver son sens profond. La vocation future qui associe danse et archéologie est déjà une révérence au lieu.

Le projet a été conçu pour la remise en valeur de l’existant autant que pour la commodité de ses utilisateurs – artistes, personnel, archéologues, publics -, affichant une lisibilité nouvelle s’inspirant de « l’esprit Guimet ». Un outil de travail fonctionnel et efficace, prétexte aussi à la redécouverte de l’édifice.

Le parti architectural et fonctionnel, faisant suite à l’analyse rigoureuse des possibilités de l’ensemble, peut être résumé en trois points principaux :

 

L’accueil au RdC de l’aile Guimet

 

L’espace restreint offert au RdC de la Rotonde apparaît insuffisant pour en faire l’unique accueil du public, ce qui se confirme au Musée Guimet de Paris ayant les mêmes dispositions. L’étendre au niveau bas de l’aile Guimet permet à la fois d’offrir une surface adaptée au programme, d’ouvrir le rez-de-chaussée au potentiel développement de l’espace public, de préserver du cloisonnement un beau volume qui s’en accommode mal, conservant l’unicité de ce grand hall central à l’interface de tous les espaces. En dehors des spectacles, le hall peut offrir d’autres utilisations, comme l’accueil de classes ou comme lieu de conférence pour les archéologues. Une trémie est ouverte sur le foyer, des portes d’accès vers la salle de spectacle et niches aménagées sur l’ancienne façade, offrant une richesses des vues et de parcours.

 

Le studio 1 en bas, installé en double hauteur entre sous-sol et RdC

 

La localisation du studio régional en bas du bâti d’angle permet une visibilité depuis l’espace public, donnant à voir aux passants l’activité de création du studio, révélant l’affectation des lieux. Au niveau fonctionnel le volume offre les bonnes dimensions, en largeur comme en hauteur, l’avantage étant de créer un volume de 6m homogène sur toute son emprise. Les fenêtres hautes sont favorables à l’activité de danse, favorisant un apport de lumière naturelle généreux sans éblouissement.

 

Les bureaux de l’archéologie sur la totalité du R+2

 

L’ensemble du deuxième étage accueille le programme de bureaux du Service archéologique municipal. Cette situation en étage offre un espace de qualité, profitant d’une belle vue sur le parc de la Tête d’Or, à l’écart des nuisances. L’ensemble de l’étage est dédié, y compris l’espace de la Rotonde accueillant la convivialité, directement accessible. L’étage est desservi par des escaliers/ascenseur dédiés uniquement à l’archéologie dans le pavillon Morellet qui lui sert d’entrée, et très bien relié aux réserves. Une continuité de traitement est valorisée, et les surfaces offertes permettent de redécouvrir le plafond à gorge sous verrière devenue plafonnier, en espace de consultation/ documentation. Du mobilier en bois habillent les murs pour former les étagères hautes et basses, et les vitrines anciennes y sont replacées. Concernant l’approche architecturale et patrimoniale, cette solution permet de ne pas générer de surélévation importante et s’affranchit des raccords difficiles avec l’existant. Une intégration adaptée et respectueuse est assumée, dans la continuité des façades historiques en réinterprétant leurs modénatures, sans concurrencer l’existant. Le parti est avantageux économiquement, puisque le toit de la salle de zoologie est conservé et seul le bâtiment d’angle est repris.

 

En lien avec les considérations architecturales et fonctionnelles, le parti scénographique s’est inscrit dans cette attention à l’existant, son esprit et ses qualités spatiales.

 

Le parti scénographique : le Carrousel

 

Le dispositif scénographique de la grande salle prend la forme d’un objet à l’apparente simplicité géométrique, paraissant délicatement posé sur le sol. Comme jadis l’imposant squelette occupait le volume, la conception d’un objet détaché de toutes parts permet de mettre en valeur la volumétrie de la grande salle, libérant les plafonds à gorge, en même temps qu’il résout le problème structurel lié à la suspension du gril aux fermes existantes nécessitant la mise en place d’entraits néfastes pour la qualité de l’espace ; le dispositif sur trois pattes reporte le poids des structures de passerelles et de gril et les surcharges d’exploitation sur le sol.

Il prend la forme d’un carroussel et des airs de lanterne en dehors des spectacles, son plan

adoptant la géométrie du cercle parfait, il est un outil mobile et déplaçable par sa rotation autour d’un pied fixe contenant les réseaux. Le cercle n’a pas d’orientation : quelque soit sa position, le public a toujours le même rapport à la bordure du cercle, sans angle privilégié. Il permet de disposer dans le prolongement de sa concentricité, des gradins enveloppants, plus conviviaux que des gradins droits.

La pureté de l’intervention s’accompagne du dégagement de l’ensemble des coursives, libérant des circulations haute et basse en retrouvant les qualités plastiques et spatiales d’origine.

 

Distributions

 

Réunis sous un même toit, les différents usagers des lieux trouvent des accès bien identifiés et des distributions dédiées clairement distinctes, réparties autour de l’îlot : Pavillon central sur l’esplanade pour l’accès principal public et Rotonde, Pavillon Morellet pour le Service archéologique, entrée des artistes et accès logistique côté rue Lieutenant Colonel Prevost, entrée du personnel côté Boileau.

En complément des circulations dédiées à chaque service, un système de bande active de circulations publiques est adossé à l’ancienne façade Guimet et articule les niveaux et espaces, participant à la porosité physique et visuelle attendue dans le programme. Elle relie le hall, le foyer, la grande salle et sa coursive, les studios.

 

Ambiances et matériaux

 

Dans l’approche développée, le choix s’est porté sur la valorisation du bâtiment ancien, en le rappelant dans ses qualités originelles : composition du plan, unicité des volumes, modénature des façades, dessin des baies d’origine… Dans les intérieurs, l’ambiance inspirée de l’Esprit Guimet conjugue la simplicité des matières avec des rehausses de décors peints et d’or, dont quelques touches se retrouvent dans certaines serrureries en laiton. La grande salle revêt l’habit hérité de l’esprit des lieux, couleur chaude dans les tons verts tsar, bois blond des lisses, vitrines et parquets anciens, serrureries noir et or.

Au même titre que la restauration du Palais s’emploie à retrouver ses qualités initiales, la composition et la matérialité de l’extension s’y référent. L’intervention nouvelle pose la question actuelle de l’écriture architecturale. L’attitude de « l’apport-résolumentcontemporain », selon l’une des formules les plus éculées de notre époque, est devenue en quelques décennies une doctrine officielle prônant la visibilité et l’ostentation parfois excessive.

Aujourd’hui, dans la nouvelle approche sur le patrimoine réutilisé, parvenir à faire oublier l’intervention, et par là l’intervenant, est une quête assumée. Plutôt que d’associer une nouvelle forme à la fonction nouvelle, la réflexion considérant que les lieux sont éternels à la différence des usages, dans leur succession variée, invite à la modestie.

La visibilité de la nouvelle identité des lieux trouve son espace d’expression plus naturellement sur le signal, le phare, le repère construit : la Rotonde.

Lieu
Lyon (69)
Date
Juillet 2018 - Projet non retenu
Programme
Restructuration du Palais Guimet
Surface
7 700 m²
Montant des travaux
15 M €
Maître d'ouvrage
Ville de Lyon